« Retour au blog de je-pense-jecris-jexiste

4

III-
Alors s'installe un malaise que je ne connaissais pas jusqu'alors. Un profond chagrin. Il se passe quelque chose. Un évènement important, grave peut être, est en train de se dérouler dans cette vie qui est désormais la mienne. A l'étage j'entends des voix. J'emprunte les escaliers qui se trouvent près de la porte d'entrée. Je sais que je dois cacher cette tristesse, je sais que je ne dois pas craquer, pas encore, pas maintenant. Ma mère est dans la chambre de ma s½ur. Je vais dans la mienne et je grimpe sur mon lit. Ma mère arrive quelques secondes plus tard. Elle me prend dans ses bras. Murmure « je voudrais que le temps se fige ».
Soupir.
Et ce sentiment angoissant à nouveau. Elle aussi est pleine de chagrin, je le sens. Ce jour sera définitivement le plus marquant de toute ma vie, je le sais. Coup de téléphone, ma mère décroche. Elle doit partir, des amis vont venir nous garder ma s½ur, mon petit frère et moi. Peu d'explications. De toute façon on le sait déjà. Et je commence déjà à regretter de ne pas avoir passé plus de temps avec elle hier soir. Elle. Ma grand-mère. Je veux me rappeler de tout. Ce qu'elle aimait me dire, comment elle était venue habiter en France, sa vie à Alger. Et je l'écoutais. « Plus tard tu écriras mon histoire ». Mais je n'arrive déjà pas à écrire la mienne. Pourquoi faut-il que ça arrive maintenant ?
Que m'a-t-elle dit déjà hier ?

Temps.

Face à moi une horloge, 22h30. Alors je me rappelle d'une montre, et je mets la main dans ma poche. Le contact du métal me fait frissonner. Je sors la petite montre. Elle indique 3h03. Je regarde à nouveau l'horloge, 22h31. La montre, 3h03. « Elle est détraquée » mais quelque chose me dit de ne pas la jeter.
« Allez les filles, allez vous coucher. » Regards emplis de pitié. L'après midi a été dure. Mais ils ne comprennent pas eux. Ils n'auraient pas pitié sinon.
Ce soir je dormirai avec ma s½ur. Elle est plus grande que moi. Je sais qu'elle me protège.

Demain.
Ambiance pesante. Les amis de mes parents savent quelque chose. Ma mère rentre, accompagnée de mon père et de ma tante. Les amis s'en vont, murmures discrets.
Puis rien. Pas un mot. Ou alors ils ne disent pas ce qu'on voudrait. On évite le sujet. Plus pour longtemps.
« Elle a dit qu'elle nous garderait tous dans son c½ur ».
Sanglots. Crises de larmes. Insignifiance du monde autour de nous. Le temps a dû se figer, mais ce n'était pas au bon moment.

Peu d'importance.

L'heure ? Je m'en fiche. Il n'y a pas d'heure, il n'y a plus d'heure. Il n'y a que la vie qui s'écoule et qui disparaît sans laisser de traces. Je te ferai vivre. A travers moi. Mes enfants connaîtront ton nom, les leurs le prononceront. Mon petit frère a fait un dessin qu'il a posé sur ton lit, il a dit que les anges viendraient le chercher pour te le donner. Alors je sais qu'il a compris. Il a compris que la seule manière de garder ton souvenir était d'en laisser une trace. Alors comme un robot, moi Nolann, assise sur mon lit, en plein milieu de la nuit, me penche sur ma table de chevet, prends un stylo, une feuille et laisse mon esprit guider ma main pour ce qui sera ma première expérience d'écriture.

« Mélange d'idées, de sentiments. Pensées. Tourbillons. Fin . Début. C'est fou ce que l'être humain peut être intelligent. Comment ? Qui ? Qui un jour saura ? Mais a-t-on vraiment envie de savoir ? Vivre. Qu'est ce que ça veut dire ? Trop de questions sans réponses. Beaucoup trop. La bonne éducation voudrait que je me contente des quelques explications scientifiques destinées a combler les esprits naïfs ou les esprits qui ne veulent pas être dérangés. Incompréhensible. Trop à dire qu'une vie entière ne suffirait pas. Trop. Toujours trop. Prisonnière de mes propres pensées. Il y a tant de choses que je regrette. Mort. Pas eu le temps d'assez dire je t'aime. Elle. Je lui ai trop dit ?). Silence. Demain sera différent. Un autre problème. Un autre mensonge. Une autre vie. Un autre visage. Non. Je ne veux pas changer. Écrire jusqu'à l 'épuisement. Des fois les choses faciles sont plus compliquées. Mort. Je n'ose pas mettre ton nom. Ton odeur. Ton étreinte. Ta voix. Tu me manques. Regrets. Encore. Toujours. On ne sera jamais contents. Suivre le même chemin. Ne pas se démarquer. Revenir de loin et faire vivre ton souvenir qui me brûle le c½ur. »

Je m'appelle Nolann, et je sais qu'il existe un sentiment pire que la solitude.


# Posté le lundi 08 décembre 2008 07:44

Modifié le lundi 08 décembre 2008 08:45

« Article précédent : 5

Article suivant : 3 »