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VII-
CLAC
Orage.
La banc d'en face.
Chaque coup de tonnerre retentit à mes oreilles comme un claquement de fouet. Je suis trempée, mais je n'ai pas froid.
Mon regard s'est fixé depuis un moment déjà sur la maison face à moi. Il me semble même ne pas encore avoir cligné des yeux.
Combien de temps déjà ? Depuis combien de temps suis-je assise ici, sous l'averse ? 10 minutes ? Une heure ? Une demi journée ? Je ne sais pas et je ne cherche pas à savoir. Peu importe le moment que j'ai pu passer sur ce banc, ici plus rien ne m'atteint, pas même le temps.
Si j'avais été dans ma chambre ce soir là comme j'aurais dû l'être, j'aurais pu distinguer les formes d'une jeune femme assise sur le Banc d'en Face, les yeux rivés sur ma maison depuis un trop long moment. J'aurais sans doute pensé que c'était une clocharde, ou pire, que c'était une droguée. J'aurais sans doute eu un peu peur, peur de voir que cette femme pouvait rester aussi longtemps immobile à fixer si étrangement ma maison. Alors je serais sans doute descendue au rez-de-chaussée, j'aurais averti mon mari - Qui sait ce que les drogués peuvent faire ? C'est triste -. Tous les deux on serait remonté dans la chambre et tous les deux on aurait vu cette jeune femme, qui inlassablement n'aurait pas bougé d'un millimètre, indifférente à l'orage qui s'abattait sur elle. J'aurais sans doute pensé qu'elle attendait quelque chose. Mais quoi ?
J'aurais pu imaginer des tas de choses à son sujet, qui sait ? Je lui aurais peut-être même inventé une vie. Pourquoi elle était là ? Pourquoi devant chez moi ? Qu'est-ce qu'elle attendait ? Qu'est- ce qui pouvait être aussi important pour qu'une jeune femme soit assise, immobile, à 22h56 sous une pluie qui fait rage?
Oh oui j'en aurais pensé des choses... Mais jamais je n'aurais pensé que cette femme... c'était moi.

22h56

Immobile encore. Toujours. Je resterai là jusqu'à ce que sa lumière s'éteigne. Jamais le Banc D'en Face ne m'avait paru aussi confortable que ce soir. A la pluie se mêle le vent. Je m'en moque. Il pourrait tout aussi bien neiger. Je ne le sentirais même pas.
Je me sens emplie d'une sérénité profonde. Ce soir je sais ce que je dois faire. Et j'aurais bien été la seule à savoir ce que je devais faire aujourd'hui.

Eclair.
1...2...3...4...5...6...7...8...9...10...11...12...13...14
CLAC
Ma mère disait qu'il faut compter combien de temps il y a entre l'éclair et le tonnerre pour savoir à combien de kilomètre se situe l'orage. Je sais que ça ne vaut rien. Mais à chaque foudre du ciel, inconsciemment, depuis toujours, je compte. Je ne devrais pas être dehors sous la pluie. D'ailleurs je ne sais pas encore où j'irai après l'avoir fait. J'y réfléchirai plus tard, ce n'est pas le moment. Ce n'est pas le moment non plus de repenser, une boule de haine au ventre, à ce que j'ai vu. Non ce n'est pas le moment de repenser à mon mari baisant avec sa pétasse dans mon dos mais surtout dans mon lit. Non ce n'est pas le moment de perdre son sang froid, non...
Rire nerveux.

Eclair
1...2...3...4...5...6...7...8...9...10...11
CLAC

Oh mais ce soir tu vas payer. Oui je vais détruire ton chef d'œuvre. Oui je vais détruire le fruit de ta sueur. Oui je vais détruire tes mois de salaire. Oui je vais salir de honte les murs de ta maison. Oui je serai là chaque fois que tu l'effaceras. Oui tu vas regretter. Oui c'est trop tard. Oui l'humiliation te dévorera de l'intérieur. Oui salaud... Oui salaud...

Eclair
1...2...3...4
CLAC
Lumière éteinte. Je me lève doucement du Banc D'en Face. Pas lents.

Eclair
1...2
CLAC
J'ai enjambé le muret, mes pieds se sont enfoncés dans l'herbe et la boue. De ma main gauche je prends la bombe de peinture bleue dans la poche de mon anorak.


Eclair.
1...2...3...4...5...6...7...8...9...10...11...12...13...14...15...16...17...18...19...20 ...21...22...23...24...25...26...27 Ca n'a pris que quelques secondes pour le faire...35...36...37... Encore un peu...41...42... Fini...43...44
CLAAAAC

Je recule pour mieux voir, je glisse, je trébuche. La pluie incessante et l'obscurité de la nuit m'empêchent de voir comme je le voudrais.

Eclair.
1..2...Non.
Cette fois je ne compte plus. Je crois même que je ne respire plus. Jamais de toute ma vie je n'ai éprouvé une telle sensation. Un sourire se dessine sur mes lèvres et je profite encore quelques fractions de secondes de la lumière du flash pour voir écrit en toutes lettres sur le mur de ce qui était chez moi, chez nous


SALAUD

[Nous ne serons jamais quitte]


CLAC


















# Posté le lundi 08 décembre 2008 07:48

Modifié le lundi 08 décembre 2008 08:45

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