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VIII-
Couloir interminable. Infini, mes cheveux dans mes mains, mes mains dans mes cheveux. Humides. Humide ma tête, humides mes joues au contact de mes larmes. Je suis torturée par un passé qui me fait vivre et qui ne m'appartient pas, par un futur qui n'est pas le mien et vers lequel je me dirige. Flash d'une vie que j'aurais pu vivre. Réminiscence d'une époque que je ne connais pas. Sentiments que j'ai éprouvés, émotions que je ressens. Ils s'échappent, les mots s'échappent, rattrape les Nolann, ils sont précieux...

Est-ce que je sais me servir des mots?

« Les mots, je les prends sans les connaître, je me les approprie, je leur donne le sens que je veux. Je les déforme, je les ampute, je leur enlève des membres. Je les assemble afin qu'ils ne puissent plus rien dire. Je les mets à coté les uns des autres, en tas, pourriture humaine, amas de connerie, ils ne veulent plus rien dire. Ils n'existent que dans ma tête, et dans ma bouche ils sont capable de tuer des gens. Je dispose de l'arme la plus terrible et la plus horrible qui existe: les mots. Je m'en sers gratuitement contre n'importe qui. Je ne me pose pas de questions. Tu es ma victime, et doucement avec mes mots je te tuerai, je te rendrai esclave de moi, tu seras ivre, et jamais je ne m'arrêterai. Parce que mes mots m'emprisonnent, parce que tôt ou tard c'est moi qu'ils tueront, parce que j'ai déjà commencé à me suicider. Parce que je contribue à ta mort. Parce que depuis la mienne je ne dors plus. Parce qu'il ne reste de moi plus qu'une ombre sans aucune valeur que celle que je veux te faire croire. Parce qu'avec mes mots je me trouve belle et qu'avec les tiens tu y crois. Parce que je reprends plus que ce que j'ai donné. Alors avec tes mots je veux que tu me dises que tu me détestes, torture moi, hais moi, dis moi que tu ne m'aimes plus, crache moi dessus, fais moi souffrir plus que je ne pourrais jamais le faire, arrache moi le c½ur, piétine le et rends le moi arrache moi la peau et donne m'en une nouvelle détruis moi et éparpille mes cendres coupe moi la voix respire avec mon souffle ne me laisse rien. Prends moi tout, prends moi tout. Prends moi tout, ne me laisse pas faire plus de dégâts, prends moi les mots, prends moi les, confisque les .... Et ne me les rends jamais. »

IX-

Epuisée.
Alors quelque chose me frappe, et je me demande comment je n'ai pas pu le remarquer avant. En entrant dans le Couloir Interminable la première fois, j'ai ouvert une porte parce que le bruit qui m'entourait était insupportable. Seulement maintenant, je n'entends rien. Pas un seul bruit. Pas un seul souffle. Rien. Le temps suspendu. Moi hors du temps, ou peut être trop dedans. Peut-être aussi que je deviens humaine. En entrant dans la vie je n'ai plus entendu les autres. Quand on commence à vivre, on entend plus les cris du monde. Je suis comme eux. Ils crient tout autour de moi mais je ne les entends plus. Je suis dans la vie, il me reste juste à trouver la bonne, à trouver ma vie, il faut que j'ouvre la bonne porte.
Je me sens tellement légère maintenant. Je sais pourquoi je suis ici. Je dois simplement trouver qui je suis. Juste ça, juste ça...
J'avance de quelques mètres dans le couloir interminable. C'est comme si je flottais. Il n'y a aucun bruit. Je vole au milieu de l'infini. Pourquoi pas celle ci ? Ou celle là ? Elles se ressemblent toutes de toute façon. Celle là. Oui celle là. Je m'arrête et me mets face à la porte que j'ai choisie, la pousse et fais un pas vers ce qui sera peut-être définitivement ma vie.

# Posté le lundi 08 décembre 2008 07:51

Modifié le lundi 08 décembre 2008 08:45

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