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Vomir mes entrailles et libérer mon esprit.

Elle ment. Je ne suis pas folle. Je ne suis pas tout ce qu'elle pense. Je ne suis pas une autre. Je ne suis pas mauvaise. Je ne suis pas malade. Je ne suis pas un mensonge. Je ne suis pas ce qu'elle veut. Je ne suis pas. Ne me suivez pas. Au fond de l'abîme. Il ne reste plus que moi. Face à moi même, je serai:

Patiente: Nolann
Troubles psychologiques, hystérie
Médecin traitant: Nolann

Vomir mes entrailles et libérer mon esprit.

Je serai mon propre médecin.
Elle m'a fait croire: A l'intérieur de moi tout est pourri, mon esprit est sale et mon âme pue. Je dois me guérir de moi. Mon propre fléau. Je suis l'objet de mes souffrances et il faut guérir le mal par le mal. Cracher mes pensées, habiter un autre corps.

Le canapé blanc. De ma place discrètement, alors qu'elle me croit ailleurs, perdue dans mon monde spirituel impénétrable, je peux voir tout ce qu'elle tape sur son ordinateur. Toutes les choses qu'elle dit sur moi.

Rapport:
La patiente souffre de troubles de la personnalité. J'hésite à parler de schizophrénie. Elle ne distingue plus le vrai du faux. Ne semble raccrochée à aucune réalité. Murmure des phrases qui n'ont pas de sens, desquelles j'arrive à distinguer quelques mots, qui reviennent comme un leit-motiv. Le plus souvent j'entends « pas moi » ou « je cherche ». Pour la séance d'aujourd'hui j'ai choisi de lui lire un article de journal relatant le meurtre horrible de 4 adolescents. La patiente a souri, le regard vide. Rien ne semble la toucher. Quelques fois elle esquisse des gestes qu'elle laisse inachevés. Quand je lui demande ce qu'elle veut faire dans l'avenir elle me répond « vomir mes entrailles et libérer mon esprit ». Elle me laisse perplexe. Je sens en elle une grande capacité de réflexion. Ses silences peuvent en dire longs. Les neuroleptiques prescrits ne semblent pas avoir fait effet. Son comportement est troublant, même pour une spécialiste avérée telle que moi. Au fond, je me demande des fois si tout cela n'est pas une comédie. Ma patiente semble se chercher. Mais il apparaît évident qu'elle a subi un grand traumatisme.
Lequel est-ce ?
Ces 5 mois de thérapie ne m'ont pas encore permis de le trouver. Ma patiente me donne l'impression de vouloir me manipuler. Le jeu de séduction qu'elle a tenté d'opérer durant les toutes premières séances s'est vite arrêté. Je suis habituée à ce genre de jeu, ce n'est pas la première patiente schizophrène qui aura tenté de me séduire. Seulement avec elle c'était différent. En réalité, elle aurait pu ouvrir un livre de médecine et lire tous les articles se relatant aux maladies psychologiques. Depuis le début de sa thérapie mon sommeil est devenu agité. Je me réveille en pleine nuit avec des envies que je n'arrive pas à déterminer. J'éprouve des sentiments qui m'étaient auparavant inconnus. J'ai des flashs, des idées qu'il faut que je note, ou que je garde bien précieusement dans un coin de ma tête. Quelques fois je me demande si c'est elle ou moi qui est la plus malade...


Je détourne le regard. Satisfaction intérieure. Elle continue à écrire sur moi, mais ça ne m'intéresse plus. Je suis la seule à savoir qui je suis. Petits doigts délicats qui tapent sur le clavier. Ces lignes ne me ressemblent pas. Je n'ai pas besoin d'un médecin. Je n'ai besoin de personne. Je suis la seule à savoir. Je me lève. Arrêt brusque de ma thérapeute. Elle ne s'attendait pas à un mouvement de ma part. Ses grands yeux verts me dévisagent.
« J'ai bientôt terminé Nolann, juste quelques minutes s'il te plait »
Il n'y a rien à terminer madame. Vous m'avez laissé aller trop loin. C'est toi qui est schizophrène, c'est toi qui ne sait plus qui tu es. Alors tu m'analyses, comme n'importe quel objet, et dans un rapport tu écriras toutes ces choses que tu crois vraies sur moi. Je ne suis plus ton objet. Tu m'as donné trop de liberté. Je suis incontrôlable. Retiens moi entre les lignes.
-« Nolann, qu'est ce que tu fais ? »
Je m'approche d'elle. Un morceau de papier blanc à la main, sur lequel je viens d'écrire quelques mots. Je lui tends. Son contact m'est toujours aussi agréable. Sa peau est toujours aussi tiède et douce. Et lorsque nos mains se frôlent cela ne dure pas plus d'une fraction de seconde.
-« j'arrête le traitement. Les réponses à vos questions sont là, sur ce bout de papier que je vous donne. »
Elle dit quelque chose, elle ne comprend pas, elle tente de me retenir. Je pars, je claque la porte. Je fouille dans ma poche et j'en sors une montre en or qui indique 6h10. L'horloge de ma thérapeute donnait 16h32. Je range la montre dans ma poche. Ce n'est pas cela que je cherchais. Alors je sors un petit bout de papier blanc, identique à celui que j'ai donné il y a quelques secondes à ma psychanalyste. J'ai écrit la même chose sur nos deux papiers. Je déplie le mien, en pensant qu'elle doit faire à ce moment précis le même geste que moi. J'ai peur de ce que je vais lire, alors que c'est moi qui l'ai écrit. Peur d'y voir autre chose. Peur d'être allée trop loin dans ce que j'ai affirmé. Peur de m'être trompée. Mon c½ur bat un peu plus fort. Je reconnais mon écriture et soulagée je peux lire:

« Je suis Nolann »



[Je crois que c'était Elle.]







# Posté le lundi 08 décembre 2008 07:57

Modifié le lundi 08 décembre 2008 08:45

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